LES LABELS DE COSMÉTIQUE
NATURELLE ET BIO : UNE AFFAIRE D’ET(H)IQUETTE
NATURELLE ET BIO : UNE AFFAIRE D’ET(H)IQUETTE
Le sujet des «labels» de cosmétique naturelle a déjà été évoqué dans les pages des Nouvelles Esthétiques, et ce à plusieurs reprises. L’arrivée des premiers produits qui porteront les logos «européens» NaTrue ou Cosmos, sans que disparaissent pour autant les anciens logos de Cosmébio, du BDIH ou encore moins de Nature & Progrès, et quelques précisions supplémentaires
importantes que nous estimons nécessaires justifient pleinement de revenir une nouvelle fois sur le sujet, dans une suite de trois articles, avec des informations que nous n’avons vues a priori que rarement publiées.
importantes que nous estimons nécessaires justifient pleinement de revenir une nouvelle fois sur le sujet, dans une suite de trois articles, avec des informations que nous n’avons vues a priori que rarement publiées.
Dans cette première partie, nous redéfinirons tout d'abord quelques notions de base essentielles. Dans la seconde, le mois
prochain, nous découvrirons les nombreuses certifications présentes sur le marché français. Enfin, dans la troisième partie,
nous vous présenterons les nouvelles certifications à vocation internationale et les motivations des entreprises à s'engager vers
la «labellisation».
LE PETIT LAROUSSE À LA RESCOUSSE...
Votre crème visage préférée pour vos clientes est certifiée «Bio» par Cosmébio. Quant à votre gommage corps favori, il est lui
labellisé selon le cahier des charges «Bio» du BDIH. Désolé, mais nous ne sommes pas d'accord. Oh, rassurez-vous,
nous ne doutons nullement des qualités éthiques des fabricants de ces produits, et encore moins de votre choix en matière de
parfum, de texture et surtout de résultats par rapport aux besoins de la peau de vos clientes. Si vous avez essayé et adopté
ces produits, vous, une professionnelle de la beauté, c'est qu'il y a bien des raisons, n'est-ce pas ?
Non, ce que nous voulions dire, c'est que la façon dont vous avez défini la qualité éthique de vos produits est malheureusement
inexacte. À l'heure où la cosmétique bio est de plus en plus à la mode, il est en effet essentiel de savoir de quoi on parle
exactement... À la mode ? Ô combien oui ! Même les magasins de vêtements s'y mettent, comme la chaîne de vêtements du
géant suédois H&M avec environ 130 magasins en France ou bien la moins connue chaîne de vêtements et de linge Ekyog
qui possède une trentaine de boutiques dans l'Hexagone. Autre signe d'un engouement qui ne cesse parfois d'étonner, ce que les experts nomment le «green washing», à savoir donner –parce que c’est «tendance» et que ça fait vendre– et ce par différents
artifices (un joli slogan, un packaging au «look écolo», quelques ingrédients «bien naturels») un aspect écologique, biologique,
équitable, durable (rayer la mention inutile !) à une activité économique qui jusqu’à ce jour ne s’en souciait que peu. Et ne s’en
soucie pas forcément beaucoup plus en fait…
Dans ce sens, il est ainsi assez… surprenant de voir dans la bouche d’un responsable d’un groupe cosmétique internationalement connu, la fameuse phrase «Nous n’héritons pas de laterre de nos parents, nous l’empruntons à nos enfants», phrase que l’on avait plutôt l’habitude d’entendre depuis de longues années du côté de ces PME réellement pionnières du bio, tant dans le domaine de l’alimentaire que dans celui de la cosmétique ou d’autres biens de consommation.
Label ? Certification ? Logo ? Bio ? Afin de ne pas être sujet aux critiques, il faut donc être clair lorsqu’on emploie certains
mots.
Pour le «Petit Larousse» ou mieux le plus riche encore «Lexis», un «label» est une «marque spéciale créée par un syndicat professionnel et apposé sur un produit destiné à la vente, comme certificat de garantie». Et une «certification» est en droit une
«assurance donnée par écrit». Un label n’est pas une «simple» étiquette, mot qui a ce sens en anglais, ni même un logo.
Quant au logo justement, abréviation de logotype, ce sont des «initiales, mots, graphiques qui singularisent une marque. Le logotype (ou logo) doit permettre de reconnaître au premier coup d’oeil, une entreprise ou un produit : c’est une «traduction visuelle» de l’image de marque».
UN «LABEL» NE PEUT ÊTRE QU’UN SIGLE OFFICIEL
En France, le mot label est réservé aux mentions officielles. Ainsi, l’appellation «Saveur de l’année» a été condamnée en 2003 par le tribunal de grande instance de Versailles pour avoir utilisé le mot «label» dans un slogan publicitaire, l’usage de ce mot étant strictement limité aux sigles officiels dans le domaine agroalimentaire
Un label de qualité officiel, décerné par l’État ou par des organismes internationaux, récompense les producteurs respectant des
normes officielles de qualité et pour indiquer au consommateur la provenance ou l’origine d’un produit, ou sa conformité à une
norme de fabrication et donc de qualité.
En France, peuvent ainsi décerner un label le Ministère de la culture (Monument historique, Site naturel, Musée de France,
Jardin remarquable, Secteur sauvegardé…), de même que le Secrétariat au tourisme (Station touristique…), le Ministère de
l’environnement (Parc national, Parc naturel régional, Réserve naturelle…), le Ministère de l’urbanisme (Haute performance
énergétique, Qualibat…), le Ministère de l’industrie, du commerce et de l’artisanat (Made in France, Norme française – NF/
AFNOR), etc.
Le Ministère de l’agriculture décerne bien sûr un nombre important de labels : agriculture biologique dit label AB, Appellation
d’origine contrôlée (AOC), Label rouge, Label montagne, etc.
Les instances européennes ont aussi leurs labels, ainsi en alimentaire : Appellation d’origine protégée (AOP), Indication géographique protégée (IGP), Spécialité Traditionnelle Garantie
(STG), etc.
Et depuis peu un nouveau logo commun à toute l’Europe pour les produits certifiés bio :
à compter du 1er juillet 2010, le logo biologique de l’Union européenne devra obligatoirement figurer sur tous les produits biologiques préemballés élaborés dans les Etats membres de l’Union et répondant aux normes requises.
Nombre de ces labels sont en fait issus des professions elles mêmes, qui, en collaboration avec les instances officielles, ont
mis en place les structures de contrôles sous l’égide de l’Etat.
LA PROCÉDURE DE LABELLISATION :
CAHIER DES CHARGES PUIS ORGANISME
CERTIFICATEUR INDÉPENDANT
Au départ d’un label, signe distinctif de la certification officielle, il y a un cahier des charges, qui liste les critères selon lesquels
le produit va être jugé.
Ce cahier des charges doit ensuite être approuvé par le ministère compétent. Une fois ce cahier des charges accepté, la conformité d’un produit ne peut être vérifiée que par un «organisme certificateur», qui lui-même doit être agréé par l’Etat.
Ils sont très nombreux en France :
- l’Aclave (Association de Certification de la Qualité et des Labels Atlantique-Anjou-Vendée), organisme certificateur de produits
agricoles et agro-alimentaires entre autres pour le label AB ;
- Agrocert, agréé pour certifier selon les normes AB, Label Rouge et l’Agriculture Raisonnée ;
- le Cequami qui peut délivrer les marques de Certification NF Maison Individuelle et NF Maison Individuelle (démarche Haute
Qualité Environnementale) ;
- le Cerqual qui délivre la Certification Habitat & Environnement et la Certification NF Logement ;
- Ecocert qui effectue les contrôles de 70% des entreprises françaises titulaires du label alimentaire bio AB ; Qualité France,
filiale de Bureau Veritas Certification, également habilité entre autres pour les certifications AB et Label Rouge ;
- Qualitel, certifiant dans le domaine de l’habitat ; SGS - International Certification Services dont l’activité va de la certification
des systèmes de management (ISO 9001, ISO 14001…) à la certification des engagements de services (Qualicert) en passant par les produits agro-alimentaires (Label Rouge, AB, HACCP, …) ;
- Ulase actif uniquement dans les domaines agricoles et alimentaires ((AB, le Label Rouge, Agriculture Raisonnée…) ;
- etc.
Une fois un produit (ou un service) «certifié», il peut enfin arborer le label correspondant.
Pour les certifications de cosmétique naturelle ou «bio», la procédure ne fonctionne pas autrement, qu’il s’agisse de certifications
reconnues ou pas par l’administration française, comme nous le verrons dans le prochain numéro des Nouvelles Esthétiques.
LE MOT «NATUREL» SANS DÉFINITION LÉGALE !
Rappelons tout d’abord, comme cela a été déjà dit dans les pages de ce magazine, qu’il n’existe pas en cosmétique de définition légale du «naturel», terme qui n’a donc aucune valeur réglementaire.
Parmi les rares produits de consommation pouvant officiellement se prévaloir de ce terme «naturel(le)» figurent les
eaux minérales (encadrées en particulier par le Décret n° 89-369 du 6 juin 1989 «relatif aux eaux minérales naturelles et aux eaux potables préemballées») et les arômes (décret français n° 91-366 du 11 avril 1991, directive européenne 2000/13/CE et règlement européen 1334/2008).
Soulignons néanmoins que depuis fin 2008, il existe une catégorie de produits pour lesquels l’expression «produit naturel» est encadrée et vérifiée par un organisme indépendant : les produits d’entretien des plantes et des jardins !
En effet, et à l’instar de ce qui s’est passé en cosmétique pour le «bio», un groupement de professionnels de la branche, l’Union
des Entreprises pour la Protection des Jardins et des Espaces Verts (UPJ, qui regroupe 29 fabricants couvrant les domaines de
protection des plantes, des engrais, des supports de culture et des amendements organiques), a élaboré en concertation avec
les pouvoirs publics un référentiel spécifique (référentiel I-301), qui donne droit à l’appellation et au logo «Produit Naturel». La
conformité à ce cahier des charges est donc contrôlée, comme il se doit, par un certificateur indépendant, à savoir Qualité France.
Pour afficher la marque «Produit Naturel®», l’engrais ou support de culture doit uniquement être composé d’ingrédients naturels
à savoir de matières minérales issues de gisements naturels ou de la nature, et/ou de matières organiques provenant directement, soit d’animaux vivants, soit de végétaux, n’ayant dans les deux cas subi que des procédés physiques ou des procédés thermiques à l’exclusion de tout traitement chimique.
Paradoxalement, s’il existe donc aujourd’hui en France des cahiers des charges définissant la cosmétique «biologique», reconnus
officiellement par l’Administration, il n’existe cependant pas de dispositions légales concernant l’utilisation de l’expression
«cosmétique naturelle».
Un début de réflexion officiel sur la cosmétique naturelle en générale a néanmoins été entamé avec la publication en septembre
2000 par le «Comité d’experts sur les produits cosmétiques» du Conseil de l’Europe, d’une «Note d’information aux consommateurs ».
Pour les produits alimentaires, la DGCCRF a publié en outre le 18 août 2009 une note d’information (n°2009-136) relative
à «l’emploi des termes «Naturel», «100 % nature» et de toute autre expression équivalente sur l’étiquetage des denrées alimentaires».
Dès octobre 1998, dans sa Recommandation Hygiène et Beauté, le Bureau de Vérification de la Publicité (BVP) indiquait que «Le
terme «naturel» ne peut être appliqué qu’à un produit fini ne contenant aucun produit de synthèse (à l’exception des conservateurs, parfums et propulseurs)». Certes cette association regroupant des professionnels de la publicité,
de la presse ainsi que des annonceurs n’a aucun pouvoir réglementaire : elle fait avant tout appel à «l’autorégulation» de ses
membres. Mais elle possède un relatif pouvoir de «sanction» en menaçant de dénoncer publiquement ceux qui «dériveraient», avec les risques qui en découleraient pour l’image des «coupables».
Plus récemment, en décembre 2009, cet organisme (devenu depuis juin 2008 l’ARPP pour Autorité de Régulation Professionnelle
de la Publicité) a publié un nouveau texte relatif aux produits cosmétiques. Selon ce document, «Un produit cosmétique
ne peut être qualifié de «naturel» que si le produit fini contient un minimum de 95 % d’ingrédients définis comme «naturels
» ou «d’origine naturelle», selon les règles en usage (par exemple : réglementation nationale ou communautaire, cahier
des charges ou référentiels publiés) ». Et un produit cosmétique ne peut être qualifié de «biologique» que s’il remplit au moins
une des conditions suivantes :
- il contient 100 % d’ingrédients certifiés issus de l’agriculture
biologique ;
- il a été certifié «biologique» par un organisme certificateur ;
- il peut être justifié qu’il a été élaboré selon un cahier des charges publié, ayant un niveau d’exigence, en termes de composition et de teneur en ingrédients certifiés issus de l’agriculture biologique, équivalant au(x) niveau(x)d’exigence requis par les organismes certificateurs.»
LA «COSMÉTIQUE BIO»
DEVIENT UNE NOTION (TROP) COURANTE
En résumé et pour terminer, il n’existe donc en France aucune définition légale de la cosmétique naturelle, voire du mot «naturel
» en général, à part quelques exceptions. Tout au plus existe-t-il quelques recommandations, notamment en matière de
publicité.
Mais le terme de «cosmétique bio» est passé dans le langage courant, pour désigner tant des produits cosmétiques effectivement conformes à un cahier des charges faisant appel à cette notion de bio que des cosmétiques «seulement certifiés naturels»… voire, ce qui ne peut que déplaire à beaucoup, on le comprendra aisément, des produits juste «inspirés par la nature»
(Nature inspired).
Mais si dans une allégation commerciale, comme une publicité, les termes à employer sont à user avec la prudence qu’impose
la réglementation, l’usage de la langue courante est difficile à encadrer… Qui sait encore, lorsqu’il l’emploie quotidiennement,
que les mots Mobylette, Frigidaire ou même Fermeture-Eclair sont des marques déposées ?
On pourra donc pardonner à un journaliste de parler rapidement de «cosmétique bio» lorsqu’il parle de cette famille de produits,
mais il n’est pas forcément admissible de confondre, lorsqu’on est censé faire un article d’information et d’investigation qui les
explique, les différents types de certification. Le pire se voit notamment sur Internet, où blogs et autres forums rivalisent d’àpeu-près et de raccourcis ou font même preuve de la confusion la plus totale.
Il appartient ainsi aux professionnels de la beauté de savoir de quoi on parle, et de s’informer en conséquence. C’est le but de
nos articles.
Suite dans un prochain numéro, pour découvrir les cahiers des charges en présence, leurs organismes certificateurs… et les
logos ou labels correspondants.

